Il faut commencer par les chiffres, parce qu’ils sont mauvais. L’enquête annuelle de la Conférence des grandes écoles, publiée en juillet, établit à 76 % la part des jeunes diplômés ayant décroché un poste en moins de six mois, contre 80,2 % un an plus tôt. Quatre points et demi perdus d’un coup, dix en deux ans. Les écoles de commerce se situent à 74,5 %, sous la moyenne générale. France Travail, de son côté, n’attend plus que 2,3 millions d’intentions d’embauche pour 2026, le niveau le plus faible depuis huit ans.

Le mur, d’abord

Le vivier se rétrécit aussi. Les données Sigem de cet été recensent 6 912 étudiants affectés dans les vingt-six établissements concernés, contre 7 127 l’an passé. Dix écoles ne remplissent plus leurs classes en voie économique, onze en filière littéraire. Quant à l’alternance, qui finance une partie du modèle et conditionne l’accès de nombreux étudiants, elle se durcit mois après mois.

Dans ce paysage, un programme spécialisé « sport business » cumule les fragilités. Le secteur attire, donc il sélectionne. Les débouchés réels — clubs, ligues, agences, fédérations, marques — restent comptés. Et la promesse d’employabilité se joue sur un critère que les brochures mentionnent rarement : le réseau de l’établissement.

Madrid, ou l’art de ne pas acheter un logo

Le partenariat annoncé le 13 octobre avec LALIGA Business School tient en quatre dispositifs : un voyage d’études à Madrid, articulé autour du marketing sportif, du management, du droit du sport et de l’événementiel, complété par des visites d’acteurs et des matchs ; des masterclass sur les campus français ; des ateliers baptisés Sport Business Challenge ; des rencontres avec les professionnels de l’écosystème. Les compétences couvertes sont celles qui structurent l’industrie : sponsoring, fan engagement, data, gestion de propriétés sportives, e-sport, intelligence artificielle appliquée au sport.

La liste, en soi, ne surprend personne. Ce qui surprend, c’est le partenaire. LALIGA Business School n’est pas une structure périphérique portant le nom de la ligue espagnole : c’est son département formation, conçu pour supprimer les intermédiaires entre les besoins des clubs et les profils qu’ils recrutent. Le MBA se déroule au siège de LALIGA, à Madrid, huit mois durant, les vendredis et samedis.

L’argument est vérifiable. Quarante-deux anciens élèves travaillent aujourd’hui au sein de la ligue — présidence, marketing, sponsoring, activation, développement international, réseau Global Network, branding, direction de match, audiovisuel, LaLiga Tech. Plus de vingt autres ont rejoint des clubs professionnels : Celta de Vigo, Osasuna, Valencia, Betis, Sevilla, Villarreal, Espanyol.

Autrement dit, l’ISG ne s’offre pas un nom sur une plaquette. Il achète un accès à une organisation qui embauche les diplômés qu’elle forme. « La signature de ce partenariat avec LALIGA Business School constitue une étape importante pour l’ISG Sport Business Management, explique Jean-Denis Gitton, directeur de l’établissement. Notre ambition est de construire une école directement connectée à l’industrie et d’offrir à nos étudiants des expériences qu’ils ne peuvent pas vivre uniquement dans une salle de cours. LALIGA représente une référence internationale du sport business et cette collaboration va permettre à nos étudiants de découvrir concrètement les métiers, les organisations et les enjeux d’une grande propriété sportive. »

José Moya, son homologue de LALIGA Business School, formule la réciprocité sans détour : « il est essentiel de pouvoir compter sur des partenaires de premier plan, tels qu’ISG Sport Business Management, afin d’accroître non seulement la diffusion des connaissances développées au sein de LALIGA, mais aussi de contribuer à la formation des futurs professionnels qui dirigeront l’industrie du sport à l’échelle mondiale ».

Business France, ou l’art d’ouvrir une géographie

Six mois plus tôt, le 13 avril, l’ISG Sport Business Management rejoignait le Club Sport de Business France. Lancée en 2025 sous l’impulsion du ministère des Sports, avec le soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’initiative fédère les acteurs économiques français du sport autour d’un objectif unique : accélérer leur internationalisation, avec l’Amérique du Nord en ligne d’horizon.

Deux programmes serviront de levier. Les French Sport Days, destinés aux entreprises innovantes de la filière, et Connect Invest, tourné vers les startups du sport, de la Sport Tech et du bien-être qui visent le marché nord-américain. L’édition 2026 des French Sport Days s’est tenue du 11 au 16 octobre à Los Angeles, adossée à la LA Sports Innovation Conference, réunissant investisseurs, ligues internationales, comités olympiques et startups. Le calendrier est clair et vise à préparer le terrain avant les Jeux de Los Angeles 2028, dans un cycle où la Coupe du Monde de football 2026 et les Jeux olympiques transforment le sport en marché d’exportation.

LALIGA apporte un savoir-faire. Business France apporte une géographie. Les deux accords ne se chevauchent pas.

« En associant un acteur académique engagé dans la formation des futurs professionnels du sport business à l’écosystème du Club Sport, nous renforçons la dynamique collective qui vise à valoriser l’expertise française sur les marchés internationaux », estime Audrey Cabald, Business Development Consultant au sein du département Lifestyle, Sports & Culture de Business France à New York.

« Ce partenariat avec Business France et son Club Sport s’inscrit pleinement dans la mission de l’ISG Sport Business Management : former les talents capables d’accompagner la croissance et la transformation de l’économie du sport à l’échelle mondiale », déclare Pascal Aguillou, directeur du développement de l’école.

La NBA, premier étage de l’édifice

Il faut remonter plus loin pour comprendre ce que l’ISG Sport Business Management construit. Avant LALIGA, il y a eu la NBA. L’école commercialise depuis quelques années un Bachelor International Sport Business adossé à ce partenariat, tourné vers l’industrie sportive américaine.

Cela change la lecture. On ne parle plus de deux coups réussis à six mois d’intervalle, mais d’une pratique installée : s’associer à des organisations sportives de premier plan plutôt qu’à des intervenants isolés. La NBA a ouvert le marché nord-américain et ses méthodes ; LALIGA apporte l’Europe du football et l’un de ses écosystèmes les plus puissants ; Business France ajoute la dimension institutionnelle et l’accès aux marchés d’export. Trois partenaires, trois registres, une même question posée à chaque fois : qu’est-ce que cela change concrètement pour l’étudiant ?

Relevons que le calendrier des annonces n’est pas innocent. Un accord avec le département formation de la ligue espagnole et une entrée au Club Sport de Business France la même année, dans un marché où l’insertion recule et où dix écoles de commerce ne remplissent plus leurs classes, cela ressemble à une réponse construite.

Reste à savoir si cela suffira. Un partenariat ouvre des portes… encore faut-il que les étudiants les poussent. Combien de places au voyage de Madrid ? Selon quels critères sont sélectionnés les participants aux Sport Business Challenge ? Quelle proportion des promotions est concernée ? L’école devra répondre précisément, sous peine que le dispositif ne se réduise à un argument de brochure. Ajoutons une nuance : LALIGA Business School commercialise de son côté un MBA international en management du sport et du divertissement, dispensé en anglais et en espagnol. L’ISG devient donc partenaire d’un acteur qui, sur d’autres segments, demeure un concurrent académique.

Ce qui se dessine, en revanche, c’est une méthode. Un partenaire de référence par zone, choisi pour ce qu’il recrute plutôt que pour ce qu’il représente. La NBA pour l’Amérique du Nord, LALIGA pour l’Europe du football, le Club Sport pour les marchés d’exportation. Il manque encore l’Asie, le Moyen-Orient peut-être. La logique est posée ; le rythme, lui, reste à confirmer.

Alain Jouve

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