À quelques heures d’un départ de course, tout se joue sur des détails. Le dossard, les chaussures, la montre, les écouteurs, le téléphone qui sert de titre de transport, de porte-billet et d’appareil photo. Puis, à la fin, la batterie. C’est précisément ce dernier maillon qu’UGREEN, société chinoise basée à Shenzhen, a choisi de venir occuper sur l’Harmonie Mutuelle 20 km de Paris, dont la 48e édition s’élance ce dimanche 11 octobre.

Pour cette marque qui pèse 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires — on ne parle donc pas d’une start-up en quête de notoriété à tout prix, mais d’un groupe qui débarque tardivement sur un marché qu’il n’a pas encore conquis —, l’événement constitue une première française. Et ce premier pas se fait dans un couloir bien précis : celui du running.

Pourquoi le running plutôt qu’un autre sport

Gaëlle Chesseret, Business Development Manager France chez UGREEN
Gaëlle Chesseret, Business Development Manager France chez UGREEN

« Le choix du running n’a rien d’un pari esthétique », résume Gaëlle Chesseret, Business Development Manager France chez UGREEN. Il découle d’une correspondance presque mécanique entre les usages des coureurs et les trois marchés sur lesquels UGREEN s’est construit : la charge, le NAS — ce stockage personnel qui permet de conserver chez soi photos et fichiers plutôt que sur un serveur distant — et, depuis 2026, le smart home.

« Aujourd’hui, les runners ont tout un tas d’accessoires : pour s’enregistrer, suivre leurs performances, mais aussi simplement écouter de la musique pour s’encourager, garder son téléphone à portée de main, ou leur montre pour traquer leurs performances. », détaille-t-elle. Un coureur qui s’élance, c’est un smartphone qui trace sa course via Strava, une montre connectée qui s’épuise d’autant plus vite qu’elle est active en permanence, des écouteurs pour tenir le rythme, et un sac posé au vestiaire qu’il faut pouvoir retrouver. Autant de points de contact directs avec une gamme qui va du chargeur de poche au traceur connecté.

Le raisonnement va plus loin. UGREEN revendique une clientèle volontairement transversale — « Un runner, il y en a de toutes les classes sociales, de tous les âges, de tous les sexes » rappelle sa responsable France — et voit dans la course à pied une population à la fois très large et très équipée. Autrement dit : grand public par le volume, technophile par les usages.

20 km, un choix de calendrier autant que de foule

Le format de la course répond lui aussi à des critères précis. « En termes de participation, en termes de diffusion, le 20 km semble intéressant », explique Gaëlle Chesseret. L’épreuve réunit en effet 25 000 à 31 000 coureurs selon les éditions, avec un Village Expo qui, cette année, attend plus de 35 000 visiteurs — un paramètre que la marque ne manque pas de souligner, puisque son dispositif se déploie sur les deux jours de retrait des dossards, les 9 et 10 octobre, avant de se prolonger dans la zone d’arrivée le jour de la course.

Le choix de la date, lui, est très malin. UGREEN sort tout juste de l’IFA, le grand salon européen du high-tech qui se tient à Berlin chaque septembre. La marque y dévoile ses nouveautés de l’année ; la course arrive un mois plus tard, en octobre, et prolonge sur le terrain ce qui a été montré sur un stand. « En termes de timing, c’était parfait par rapport à nos annonces », confirme Gaëlle Chesseret.

« L’énergie à chaque pas », ou la sortie du discours produit

Le choix d’un territoire sportif implique aussi un changement de vocabulaire. UGREEN, marque technologique, a construit sa réputation sur des caractéristiques : watts, milliampères-heures, protocoles de charge. Avec « L’énergie à chaque pas », elle déplace le curseur vers l’usage. « Il y a une idée de progression et d’accompagnement pas à pas, un peu comme l’enfant qu’on aide à marcher », explique Gaëlle Chesseret — l’image est parlante, et l’intention est claire : faire entrer la marque dans le quotidien, « dans l’évolution de votre vie et de votre journée, tout simplement ».

Le sport, dans cette logique, sert de caisse de résonance. « La course à pied est en plein essor : les coureurs sont toujours plus nombreux », observe-t-elle. Et on le sait, une communauté qui grossit vaut mieux qu’une audience qu’il faut convaincre à chaque campagne.

Trois produits, un « starter kit » du coureur

Pour incarner cette promesse, UGREEN a resserré sa sélection à trois références, présentées comme le kit de départ du coureur.

Le Starter Kit idéal du coureurLe Starter Kit idéal du coureur
Le Starter Kit idéal du coureur

Le MagFlow Pro, d’abord, batterie externe magnétique de 10 000 mAh vendue 129,99 euros sur le site français de la marque. Elle intègre une dissipation thermique par liquide de refroidissement circulant à l’intérieur du bloc — une rareté sur ce segment, que la marque présente comme sa dernière innovation. « UGREEN fait partie des premières marques à proposer une batterie externe magnétique Qi2 25 W intégrant un système de refroidissement liquide », avance Gaëlle Chesseret. La recharge sans fil Qi2 monte à 25 W, le standard magnétique le plus récent, et un câble USB-C intégré délivre 45 W pour les appareils plus gourmands. « Le produit cible notamment les utilisateurs d’iPhone, particulièrement sensibles à l’expérience de recharge magnétique Qi2. »

Deuxième brique : un traceur connecté, à un tarif volontairement contenu. « Il combine utilité et petit prix », résume la responsable, qui y voit la réponse à une angoisse très concrète des coureurs — savoir que le sac laissé au vestiaire est toujours là où on l’a posé. Bien vu !

Troisième pièce, la plus travaillée pour la course : un bloc de charge ultra compact, glissable dans une poche. « Ce qu’un coureur cherche avant tout dans son équipement, c’est la légèreté : tout ce qui pèse finit par se payer au moment de la performance. » Un produit deux-en-un, capable de recharger un téléphone en sans-fil à 25 W et des écouteurs par induction.

Harbat Running Lab : le terrain comme bureau d’études

Le partenariat avec l’événement ne s’arrête pas aux activations grand public. UGREEN s’est également associé à Harbat Running Lab, collectif de coureurs, association parisienne créée en 2023, qui organise des sorties hebdomadaires. Objectif double, et assumé comme tel : comprendre les coureurs, puis faire parler de la marque.

Harbat Running LabHarbat Running Lab
Harbat Running Lab

Comprendre, d’abord. UGREEN s’est appuyé sur les sorties hebdomadaires du collectif, où la parole circule sans filtre : « On avait accès à des gens qui échangeaient avec nous. » De quoi cerner les besoins réels, observer la prise en main des produits et récupérer les retours à chaud, plutôt que de travailler sur des études.

Faire parler, ensuite. « Ces gens sont très connectés, ils sont sur les réseaux sociaux, donc ils vont pouvoir partager leur expérience avec nous. » Des pratiquants qui publient leurs sorties, leur matériel, leurs impressions : un relais d’opinion d’autant plus utile que la marque est encore peu installée en France.

« Il y avait un double intérêt dans notre partenariat : c’est pour nous comprendre, mais aussi profiter de leur communauté en termes de notoriété », résume Gaëlle Chesseret.

Devenir incontournable en magasin, pas seulement en ligne

Cette séquence événementielle s’inscrit dans une bascule plus large. Historiquement présent en France depuis le début des années 2020 via les plateformes en ligne, notamment Amazon, UGREEN a changé de doctrine en 2024. « La société a changé de cap : elle a décidé d’être présente localement, en France », résume Gaëlle Chesseret. La marque est depuis entrée dans la distribution alimentaire — Carrefour, E. Leclerc, Système U —, chez les enseignes spécialisées multimédia type Fnac, Darty et Boulanger, ainsi que chez les opérateurs, Orange et Bouygues en tête.

« La vérité du jour n’est pas celle du lendemain. On est constamment en train d’augmenter notre présence en magasin », poursuit-elle. Le calendrier s’y prête : à quelques semaines de Noël, une course de 30 000 coureurs dans Paris offre une visibilité que la grande distribution sait lire.

Pérenniser, sans tout dévoiler

L’expérience parisienne n’a rien d’un one-shot. UGREEN s’est déjà inscrit dans le marathon de Berlin, preuve que la démarche est pensée à l’échelle européenne. « C’est quelque chose qui est ancré en nous », affirme la responsable France, avant de poser elle-même la limite : « On ne peut pas tout dévoiler, mais je sais que c’est quelque chose qu’on va pérenniser. Peut-être avec le même sport, mais d’autres événements, ou d’autres sports différents. »

Reste l’ambition de fond : devenir, en France, une marque grand public plutôt qu’un fournisseur de chargeurs pour initiés. La marque en est convaincue, le marché est large. « Tout le monde a besoin d’un chargeur pour charger son téléphone, son PC maintenant », souligne-t-elle. Et à l’autre bout du spectre : « Vous avez des gens qui sont plus exigeants, qui ont besoin vraiment des dernières technos. Et là, on va savoir aussi répondre à ce genre de personnes. »

Cette double adresse, UGREEN la revendique comme un héritage industriel. La marque conçoit ses produits elle-même — plus de 200 ingénieurs au siège — plutôt que d’acheter des références existantes pour y poser son logo. « On a énormément de nouveautés. Tous les six mois, on sort des produits sur des marchés qui sont quand même assez classiques. C’est difficile de trouver des innovations sur la charge. Et nous, on sait en trouver : c’est ce qui fait notre ADN. »

Le premier pas parisien servira de test. Si la marque parvient à transformer une foule de coureurs en ambassadeurs de sa recharge, elle aura trouvé, en France, un raccourci vers une notoriété qu’elle n’a pas encore : celle d’un réflexe d’achat plutôt que d’un nom sur une fiche produit.

Alain Jouve

Pour en savoir plus : 

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