Vainqueur de l’édition 2022 en IMOCA, Thomas Ruyant devait logiquement figurer parmi les 26 skippers annoncés au printemps pour cette treizième Route du Rhum. Il a finalement annoncé ce lundi 21 septembre, par communiqué relayé via l’agence TB Press, qu’il ne serait pas de la partie. Une défection lourde pour l’épreuve reine des transatlantiques en solitaire, et un signal d’alarme pour tout un secteur où le financement des campagnes IMOCA devient chaque année plus difficile à boucler.

Le marin dunkerquois de 45 ans, double vainqueur de la Route du Rhum en Class40 puis en IMOCA, et septième du dernier Vendée Globe, ne cache pas son amertume. « Ma déception est immense. Cette course a une place particulière dans mon histoire », confie-t-il, rappelant qu’il avait « évidemment très envie de revenir défendre cette victoire ». Il énumère les atouts qui auraient pu porter TR Racing jusqu’à Pointe-à-Pitre : une équipe rodée et un bateau neuf qui l’a, dit-il, littéralement bluffé lors de ses premières sorties en mer. Mais le constat reste sans appel : « Nous n’avons pas trouvé la collaboration avec un partenaire qui nous permette d’être à Saint-Malo dans de bonnes conditions. »

Derrière cette phrase pudique, la presse spécialisée avance des montants précis : TR Racing aurait eu besoin d’environ deux millions et demi d’euros pour aligner son nouvel IMOCA dans de bonnes conditions sur cette seule Route du Rhum, puis de quatre à cinq millions d’euros annuels pour tenir jusqu’au Vendée Globe 2028. Un budget que l’écurie n’a pas réussi à sécuriser malgré la mise à l’eau, le 18 juin dernier, d’un bateau neuf dessiné par l’architecte Antoine Koch et construit chez CDK Technologies, dont la conception mutualise certains éléments avec les nouveaux IMOCA de Boris Herrmann et de Loïs Berrehar.

Un marché sous tension

Le cas Ruyant n’est pas isolé. Le même jour, le projet Geodis, porté par Antoine Brunet et Caroline Da Silva, a lui aussi jeté l’éponge pour cette Route du Rhum, invoquant un manque de temps et de moyens financiers. Plusieurs autres marins de renom ont vu leurs contrats s’interrompre ces derniers mois, ou n’ont tout simplement pas réussi à lancer leur campagne pour le prochain tour du monde en solitaire. Un paradoxe pour une discipline qui n’a jamais autant fait parler d’elle médiatiquement, mais où le coût de fonctionnement d’une écurie IMOCA de premier plan dépasse largement ce que la plupart des annonceurs sont prêts à engager sur un cycle de quatre ans.

TR Racing, fondée par Thomas Ruyant et Alexandre Fayeulle et installée à Lorient, dispose pourtant d’un palmarès qui ne laisse guère de place au doute sur sa capacité à performer : deux victoires en Transat Jacques Vabre, une Route du Rhum, un titre de champion IMOCA en 2023 et deux bateaux menés jusqu’au bout du dernier Vendée Globe sous les couleurs de la campagne Vulnerable. Cette dernière associait déjà l’écurie à Advens, spécialiste européen de la cybersécurité, qui reste partenaire technologique du programme sur les questions de data et de sécurité informatique, mais sans endosser le rôle de partenaire titre capable de couvrir l’intégralité du budget de fonctionnement.

Cap sur 2028

Pour Thomas Ruyant, ce forfait ne signe pas la fin du projet, mais un contretemps dans une trajectoire qui vise désormais le prochain Vendée Globe. « Le circuit IMOCA continue avec d’autres courses mythiques dès 2027, et déjà, à l’horizon, le Vendée Globe 2028. L’ambition est encore plus forte », veut croire le skipper, qui affirme avoir toujours « une envie immense de naviguer, de courir au large, de gagner ».

Le bateau est prêt. Il ne lui manque qu’un nom sur la coque.

Alain Jouve

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